EXPOSITION

1936... UNE EXPÉRIENCE D'ÉPOQUE

du 1er avril au 30 juin 2026


L’INTERNATIONAL EN FUREUR

27 avril 1936, dans L’HUMANITÉ

LE DANGER DE GUERRE
EN EUROPEv La portée alarmante des entretiens polono-hongrois de Budapest

M. Koscialkowski, président du conseil de Pologne, a quitté, hier, Budapest pour Varsovie.
Le Pester Lloyd apporte quelques précisions sur les résultats alarmants des négociations qui ont eu lieu entre le dirigeant polonais et les fascistes hongrois.
Ce journal confirme que la Pologne veut conserver tous ses intérêts dans le bassin danubien et veut avoir son mot à dire dans toutes les questions le concernant.
Ensuite, qu’un accord existe entre la Pologne et la Hongrie pour s’opposer “à la thèse de ceux qui croient pouvoir conclure des difficultés européennes actuelles que la solution de maints problèmes vitaux ne peut être trouvés que par des moyens de force, en aggravant et en généralisant les possibilités de conflit”. Cela signifie l’opposition à la conception de la sécurité collective pour le maintien dans la paix du statu quo actuel.
Puis le Pester Lloyd déclare que “la collaboration polono-hongroise permettra de jeter un pont entre certains États, si on comprend la nécessité de la justice”. Cela signifie que des avances doivent être faites en commun, mais séparément, aux États de la Petite Entente, afin de désagréger cette dernière et favoriser les plans révisionnistes hongrois, pour annuler le traité de Trianon et remanier, avec l’aide du Reich, la carte de l’Europe.
On cherche à amoindrir la portée des négociations de Budapest en disant que le fait que Beck n’accompagnait pas Koscialkowski en Hongrie montre que Varsovie reste réservé. Mais nous soulignons que dans la délégation polonaise, il y avait Kobylanski, directeur de la section politique du ministère des affaires étrangères et homme de confiance du pro-hitlérien Beck. Cette présence donne une portée tout à fait exceptionnelle aux tractations polono-hongroises.
Et voilà que l’on annonce que Gœring comme il fut récemment encore en Pologne certainement pour mettre au point la politique amorcée par les entretiens de Budapest, va aller “chasser” en mai en Hongrie.

LES CONCLUSIONS
DE LA DÉLÉGATION INTERNATIONALE
DE PARLEMENTAIRES ET DE JURISTES
Thaelmann doit être libéré ou renvoyé devant un tribunal offrant des garanties d’indépendance

MM. Davies et Ellis Smith, de la Chambre des Communes, représentant les 100 députés anglais signataires de la requête au chancelier Hitler en faveur de Thaelmann, Guillemard, de la section française du Secours rouge international, Bastien, de la section belge de l’Association juridique internationale, membres de la Délégation internationale qui s’est rendue à Berlin pour saluer Ernst Thaelmann à l’occasion de son 50° anniversaire et enquêter sur la situation des emprisonnés politiques, viennent de quitter l’Allemagne. Les délégués ont fait de nombreuses démarches notamment au ministère de la justice du Reich.
Par suite de l’absence de Berlin du ministre Gürtner et de tous les fonctionnaires compétents du ministère de la justice, ils n’ont pu obtenir la moindre information quant au renvoi de Thaelmann devant ses juges, bien que l’assurance en avait été donnée en août 1935 aux membres du Congrès international pénal de Berlin.
Ils n’ont pu, pour les mêmes motifs, obtenir aucune information sur le sort des autres emprisonnés politiques actuellement maintenus en prévention. Les délégués ne peuvent tirer de cette attitude dilatoire des autorités allemandes que les conclusions suivantes : qu’il apparaît de plus en plus que l’incarcération de Thaelmann ne peut être considérée comme ayant la moindre cause juridique sérieuse, conclusion qui résulterait déjà du contenu de l’acte d’accusation récemment publié à l’étranger ; que le renvoi devant un tribunal qui mettrait les autorités allemandes en mauvaise posture, n’aura probablement pas lieu ; qu’il importe donc que la protestation internationale contre ce déni de justice se renforce de plus en plus afin de provoquer la seule alternative humaine et équitable : ou la libération de Thaelmann, ou son renvoi devant un tribunal offrant des garanties d’indépendance et d’objectivité.

LA GRÈCE VA FORTIFIER
LES ÎLES LEMNOS ET SAMOTHRACE

On annonce qu’à la suite de la remilitarisation des Détroits par la Turquie, la Grèce va procéder à la fortification des villes de Lemnos et Samothrace qui dominent l’entrée des Dardanelles. L’état-major grec a considéré que, pour le moment, il n’était pas indispensable de construire des fortifications sur les îles de Samos, de Métilène, de Chio et de Nikaria.

DE VIOLENTS COMBATS
SUR LE FRONT SUD ÉTHIOPIEN

Le maréchal Badoglio annonce dans son communiqué d’hier qu’un violent combat s’est déroulé sur le front sud, où, à l’aube du 24 avril, les troupes éthiopiennes motorisées ont attaqué les forces italiennes à Dagga-Medo, occupée la veille par les envahisseurs. Il y a de nombreux morts et blessés.
A Hamanlei, toujours sur le front sud, un combat a duré quarante heures et les troupes indigènes ont occupé ce point après une attaque à la baïonnette. On signale des milliers de morts.
Les troupes italiennes auraient aussi occupé les positions retranchées des Ethiopiens à Gounagado.
L’aviation a été extrêmement active dans les combats meurtriers.

LES ARRESTATIONS SE MULTIPLIENT
EN POLOGNE À LA VEILLE DU PREMIER MAI

Varsovie. 26 avril, De nombreuses arrestations ont été opérées au cours des derniers jours dans les faubourgs ouvriers de Varsovie, en particulier à Wola, en prévision du 1er mai. La police surveille les abords des gares et arrête à leur arrivée les ouvriers soupçonnés d’être délégués à Varsovie. Trente communistes arrêtés à Wilno ont été envoyés au camp de concentration de Beraza-Kartuska.

ALLO MOSCOU

Moscou, 26 avril. Les essais de communications téléphoniques directes entre Moscou et New-York commencés depuis 15 jours ayant donné des résultats satisfaisants, un service régulier entre les deux capitales fonctionnera très prochainement.