EXPOSITION

1936... UNE EXPÉRIENCE D'ÉPOQUE

du 1er avril au 30 juin 2026


LES RÉCITS DU DIMANCHE

27 avril 1936, dans L’ŒUVRE

ON FAIT SON DEVOIR

Neuf heures du matin, boulevard de Belleville. Un panier de roses rouges est posé au pied des panneaux électoraux. Le marchand de fleurs est allé voter. Sa petite fille qui le remplace a apporté une balle ; elle la lance et la relance en l’air, tout en chantant.
Un rassemblement, dans le hall cinéma. Assis par terre, sur un journal, un mutile tourne un orgue. L’homme n’a plus qu’une jambe. Sur une ardoise posée à côté de lui, il a écrit : “Ne monté jamais dans le tramvai en marche”. Des rats dressés courent sur le sol, autour de son unique jambe, autour de son soulier noir au lacet jaune, flairent les curieux... L’homme les rattrape, les fait grimper le long ses béquilles, posées contre le mur, les installe sur les traverses recouvertes d’une molesquine déchirée. Les rats tiennent mal.
Leur propriétaire cesse, par instant, de tourner son orgue pour les remettre en place. L’orgue joue “le Père la Victoire”. L’air s’arrête et reprend au gré des rats qui s’obstinent à ne pas tenir sur les béquilles. Les électeurs qui montent vers les écoles de la rue des Pyrénées, ralentissent le pas, s’immobilisent une seconde devant le mutilé, les rats, l’orgue et son carton sonore.
On vote dans les écoles, au lieu même où, d’ordinaire, déjeunent les petits enfants. Les tables du réfectoire ont été enlevées. Elles ne resserviront que le soir, pour le dépouillement.
Rue des Pyrénées, le président, debout derrière l’urne de chêne a commencé depuis longtemps de recueillir les bulletins. Le défilé ne cesse pas. Des électeurs bien polis, qui tous se décoiffent avec bonne volonté. File patiente, où se retrouvent sans doute ceux qui ont l’habitude de l’attente : des clients des soupes populaires et des chômeurs.
Un vieillard, sur ces deux cannes, ne peut retirer sa casquette devant l’urne, car il lui a déjà été bien difficile de placer son bulletin. Le ruban de 70 à la boutonnière, il part lentement, soucieux, mécontent de n’avoir pas accompli le geste des autres.
Il est des électeurs qui lancent de haut leur enveloppe dans la fente comme s’ils pensaient :
— A Dieu vat !
Ou encore :
— Le sort en est jeté !...
Il y a ceux qui la glissent discrètement dans l’orifice, comme s’ils confiaient à la poste une lettre pour une bonne amie dont ils veulent garder le nom secret.
Rue Dussoubs, deux heures de l’après-midi. Il pleut. Personne ne paraît à cette heure-ci, par ce temps.
Pourtant sur un banc, au fond du préau, un couple est assis : un vieil ouvrier, une vieille ouvrière, et qui se disputent.
— J’te dis d’y aller... C’est le moment...
Mais lui ne bouge pas.
Il hésite encore. Pourquoi ? Est-ce parce qu’il n’est pas encore sûr de vouloir ce qu’il veut ? Non. C’est simplement qu’il n’est pas certain d’atteindre le bureau.
— Il n’était pas descendu depuis deux ans, explique sa femme. Il ne peut pas marcher.
— C’est vrai. Je suis gonflé des jambes. Et pas seulement des jambes. Aujourd’hui j’ai voulu mettre un gilet. Je n’ai pas pu. Il n’était plus assez grand. Non. Je ne tiens pas à voter, mais j’ai voulu le faire, parce que cela doit se faire...
C’est un ancien emballeur. Ils habitent rue des Petits-Carreaux.
— Il a soixante-seize ans, mon homme, et moi soixante-quinze.
— Est-ce qu’il faut signer ? interrompt son mari.
Elle s’impatiente :
— Je ne sais pas, moi... Avec lui, il faut que je sache tout.
Mais elle surveille les bulletins d’un œil :
— Reynaud, ça n’a pas l’air de marcher. On voit bien les tas qui ont diminué...
Elle apostrophe à nouveau son homme :
— Alors, tu y vas ?...
Et, se tournant vers nous :
— On fait son devoir, c’est tout...
Lui s’est levé, marche à petite pas vers les bulletins. Elle le suit, l’emmène jusqu’à l’isoloir où ils entrent tous les deux, après avoir remercié, d’une aimable inclinaison de tête, celui qui leur a donné une enveloppe.
Puis tous les deux s’avancent imperceptiblement dans la direction du bureau dont les membres, là-bas, au fond du préau désert envahi par l’ombre, sont inoccupés, debout, et regardent avec curiosité cet homme et cette femme qui viennent difficilement vers eux. Spectacle unique et qui devient plus surprenant encore lorsqu’on voit l’homme s’incliner de tout son corps sur l’urne, comme s’il s’affaissait.
Vite, elle l’a repris.
— ...A voté !
Les voici qui reviennent.
— Maintenant, il va se coucher... Jusqu’à dimanche prochain. Et puis en voilà pour quatre ans.
— Il redescendra dimanche ?
Elle a ce mot admirable, qui n’est pas précisément le mot de la fin de la démocratie :
— Ah ! oui, faudra bien !
A six heures moins un quart, dans un préau de la rue du Cardinal-Lemoine, un dernier électeur se présenta, rasant les murs, s’efforçant à passer inaperçu parmi la foule qui, déjà, attendait le dépouillement. C’était l’électeur n°1000.
— ...A voté !
Il repartit furtivement, avec son vieil imperméable et une barbe de trois jours...
A six heures moins cinq, le président tira sa montre, se frotta les mains.
A six heures moins deux, un curieux mouvement se produisit dans cette salle, une lente marée silencieuse qui commença d’investir le bureau.
Le président se leva :
— Y a-t-il des électeurs présents qui n’ont pas encore voté ?
La parole resta suspendue un instant :
— Le scrutin est clos !
Il tira une petite clef de sa poche, se pencha sur l’urne, libéra le cadenas...
Un cercle énorme de têtes d’hommes, de femmes et d’enfants se pencha, regarda de tous ses yeux l’urne qui s’ouvrait lentement. Personne ne parlait, personne ne souriait. La foule paraissait, non attendre un miracle, mais assister à un miracle. L’urne, en une seconde, était devenue, prodigieusement, son centre de gravité.

Germaine DECARIS


4 mai 1936, dans L’HUMANITÉ

DANS LES BUREAUX DE VOTE

Hier Paris a voté dans le calme et la discipline. Ni les fausses nouvelles sur l’Espagne, ni les menaces d’intervention de la réaction contre la volonté populaire n’ont ému les électeurs paisibles. Dans les diverses circonscriptions, dès neuf heures, les préaux d’écoles sont remplis, et c’est en longues files qu’on est obligé d’attendre son tour. Partout, on note un empressement plus grand que dimanche dernier. Les panneaux électoraux ne retiennent presque personne. Chacun a déjà mûrement réfléchi et sait où est son devoir. Aucune des affiches de dernière heure, remplies de bassesses, de marchandages ou d’insultes ne retient l’attention. Le choix est fait.
Dans le 3e arrondissement, un calme parfait règne. Les électeurs sont nombreux et empressés dans les divers bureaux de vote, L’enthousiasme est grand pour le Front Populaire, représenté par notre camarade Mercier. Gignoux, conseiller technique de Laval, pour la confection des décrets-lois, est en mauvaise posture.
Dans le 11e, 2e circonscription, où se présente notre camarade Florimond Bonte, les bulletins du réactionnaire Besset restent sur les tables. Rue Saint-Sébastien, un incident : un électeur vote avec la carte d’un camarade. Les “bessetsites”, selon la consigne des Croix de feu, arborent une épingle dorée au revers gauche, pour se rendre plus facilement reconnaissables. Rue Popincourt, à 12 heures, il y a 800 votants.
Dans le 20e, les discussions autour des panneaux ont été très vives, durant ces derniers jours. Il y a 655 votants rue Levest (1ere circonscription) à 11 heures. La trahison de Jardel a écœuré tous ses partisans. Les petits commerçants ont déchiré les calicots du citoyen Jardel, et les ont remplacés par ceux de notre camarade Brout.
Rue des Pyrénées, on vote beaucoup plus que dimanche dernier, dans la matinée, 830 votants à 11 heures ; 900 à 11h30, rue Pierre-Foncin. Sur ces 900, me dit-on, il y en a 600, au moins, pour Brout.
Partout, on signale un empressement très grand. Dans la 2° circonscription, les croix de feu et le réactionnaire Bordage font voter leurs hommes pour Déat, qui a trahi le Front Populaire, et préféré son ambition personnelle à l’intérêt général. À la dernière heure, M. Paul Lévy, candidat républicain national, s’était présenté contre notre camarade Langumier.
Dans le 19e, la moitié des électeurs passent dans la matinée. Les bureaux de vote sont remplis, rue Manin, rue de Romainville, rue des Bois et rue Compan. Notre camarade Grésa a devant lui le trop célèbre citoyen Martinaud Déplat, réduit à spéculer sur sa provocation.
Dans le 15e, nous ne trouvons, parmi les assesseurs des bureaux dévoués au marquis de Tastes, réactionnaire comme il se doit, qu’une politesse froide et presque académique. On nous signale, avec une amabilité amidonnée, qu’il y a eu plus de mouvement qu’au premier tour, surtout de 10 heures à midi, et qu’a trois heures, il y avait 1200 votants.

Dans la banlieue

À Saint-Denis, Marschal, adjoint de M. Doriot, qui présidait ce matin le bureau, a refusé d’ouvrir l’urne pour faire constater qu’elle était vide. Aussitôt, notre camarade Grenier et plusieurs camarades ont protesté et fait faire un constat par la police. Dans le salon des mariages de la mairie, des “munitions” — des briques — ont été apportées par les doriotistes, pour des provocations ultérieures. Dans certains préaux, des camarades n’ont pas été acceptés pour former le bureau, bien qu’ils se soient présentés avant l’heure de l’ouverture.
À Pierrefitte les doriotistes ont placardé une affiche de dernière heure, au nom de l’Union des Comités de Chômeurs : mais ils n’ont pas le droit de se servir de cette société à des fins électorales, Doriot fait coller des affiches, selon lesquelles Romain Rolland se dresserait contre les communistes ! Quand on en arrive à de telles ruses, c’est qu’on est à bout ! Cela n’empêche pas que l’émulation est grande parmi les travailleurs de Saint-Denis.
À Saint-Ouen, calme plat. Seuls restent en présence notre camarade Berlioz et le réactionnaire Patey, mais ce dernier n’a aucune chance.
À Clichy, Honel contre le réactionnaire Rouquier. 1.000 votants par section, à midi, sur 1400 électeurs par section. Aucun incident. L’enthousiasme pour le Front Populaire est manifeste. Toutes nos permanences sont combles. Nos bulletins sont rapidement enlevés.
À Boulogne, un peu moins de votants que dimanche dernier, dans tous les bureaux de vote, des piquets de volontaires nationaux, mais bien entendu, sans insignes provocateurs. Les jeunes ouvriers votent nombreux à bulletins ouverts pour notre camarade Costes, qui a la certitude du succès.
Chose qui peut paraître invraisemblable, mais qui est vraie, le candidat officiel des Croix de Feu et de l’Écho de Paris à Boulogne, se prétend le candidat “du pain, de la paix et de la liberté”. D’autre part, il a démarqué une circulaire du Parti Communiste s’adressant aux masses laborieuses.
— Nous avons eu hier, me dit un camarade, une réunion magnifique. 4000 personnes. Pas une seule interruption. Aucune contradiction. Un radical-socialiste est intervenu en faveur de notre camarade Costes, candidat du Front Populaire, et il ajoute : « Nous sommes sûrs du résultat : les réjouissances sont d’ores et déjà préparées. »

LE PEUPLE DE FRANCE
ACCLAME SA VICTOIRE...

L’enthousiasme du peuple de Paris est indescriptible. Devant Paris-Soir et devant le Matin, c’est le vrai peuple qui manifeste.
Parfaitement, monsieur Maurras, « le pays réel » comme vous aimez à dire, au bout de vos phrases et du bout des lèvres, mais dont vous êtes désormais séparé, depuis toujours, d’ailleurs ! Ce peuple mobile, secoué comme une mer, chante sa joie à chaque minute, à mesure que le speaker le renseigne ; et que, sur les écrans, des noms s’inscrivent. Le nombre des candidats communistes élus suscite des mouvements et des cris spontanés qui ne trompent pas. C’est du peuple qu’ils viennent, ardents et sincères, et s’ils s’adressent particulièrement à nos candidats, à notre grand parti communiste, c’est que la cause du peuple est la nôtre, que nous n’avons d’autre raison d’être que de la défendre de toutes nos forces.
Brout, Langumier. Cogniot, Lozeray, Moquet, Mercier, Colin sont longuement acclamés. Le nom du traitre Doriot est conspué par la foule qui crie ; Renégat. ! Renégat !
Bossoutrot, candidat du Front populaire, est accueilli par des ovations, Herriot soulève des applaudissements unanimes. Partout retentit le mot d’ordre : Front populaire ! On réclame la dissolution des ligues factieuses et l’apparition sur l’écran des élus de notre Parti fait s’ébranler les accents vibrants de l’Internationale.
À Paris-Soir, où l’on a le mauvais goût de montrer au peuple la photographie du colonel de La Rocque en train de voter, ce sont immédiatement des protestations violentes contre cet apprenti-dictateur qui se pose en arbitre électoral. Quelqu’un dit : « Il a dû attraper la jaunisse ! » En effet, cette soirée marquera une défaite écrasante des hitlériens français.
La foule heureuse laisse librement éclater sa joie. Elle acclame les communistes, les socialistes, les radicaux. Elle hue les URD qui ont pu converver leurs sièges.
Au Matin, j’arrive au moment où l’on chante à tue-tête l’Internationale, après avoir écouté, le poing levé, la Marseillaise, diffusée par les hauts parleurs du journal fasciste. Il y a là des milliers et des milliers de personnes entassées sur la chaussée et sur le trottoir et refoulés continuellement par un service d’ordre renforcé. Les uns chantent La Jeune Garde. D’autres la Carmagnole.
Les résultats de banlieue et de province arrivent, et ce sont toujours les mêmes mouvements, le même enthousiasme contenus et disciplinés. Dans les rues adjacentes, les forces de police se dissimulent, et les gardes mobiles veillent. Elles n’auront pas à intervenir.
Et devant les bureaux de l’Humanité, ce sont des cortèges joyeux qui défilent, avec lampions et accordéons, et toujours « Les soviets partout ! » et l’Internationale. Dans toutes les rues, des acclamations montent. Il n’y a pas de doute. Il faut se rendre à l’évidence. La réaction est battue.
Quand les derniers résultats sont connus, une immense manifestation se forme, entrainant à chaque carrefour des milliers de citoyens qui crient leur joie.
Bientôt, du Matin à l’Opéra, c’est une véritable mer humaine qui déferle acclamant le Front populaire, les soviets chantant tour à tour la Marseillaise et l’Internationale.
Place de l’Opéra, quelques centaines de fascistes manifestent et les chefs de la police forment un important barrage de gardes mobiles pour arrêter la manifestation du Front populaire.
Quelques bousculades se produisent, mais la grosse majorité des gardiens de la paix ne cachent pas leur joie de la grande victoire remportée par le peuple de France.
Le peuple ne célèbre pas, cette nuit, la victoire d’un parti. Son idéal est plus haut et plus grand, plus large et plus humain. C’est sa propre victoire qu’il acclame, c’est vers plus de liberté qu’il marche. N’allez pas croire que tout se finit là. Au contraire, tout commence. Ce peuple qui vient de parler si clairement et si fortement, il s’agira non pas de s’en servir, mais de le servir avec le souci d’aller dans le sens qu’il indique, et de ne pas le décevoir. Le peuple a parlé. C’est maintenant au Front populaire d’agir.


Bossoutrot et Sampaix acclamés dans le 10e

3000 personnes massées devant la mairie du 10° ont longuement acclamé la défaite de Fabry. Notre camarade Sampaix, dont l’ardente campagne a permis la victoire du Front populaire sur le nom de l’as Bossoutrot, a été porté en triomphe. Sampaix a pris la parole ainsi que Bossoutrot, le nouvel élu. La Marseillaise et l’Internationale ont longuement retenti.

Bonte, Cogniot et Lozeray portés en triomphe

Place Voltaire (11e), une foule considérable a salué d’acclamations innombrables les résultats consacrant la victoire de nos camarades Bonte, Cogniot et Lozeray, qui ensuite, ont été portés en triomphe.
Plus de 5000 travailleurs ont formé un cortège et ont remonté la rue de la Roquette aux cris de « Les Soviets partout ! » « Vive le Front populaire » et au chant de l’Internationale.

Dans le 14e

Quinze mille habitants du 14e arrondissement assistaient à la proclamation du scrutin.
Dès que les résultats furent connus, un cortège de plus de 10000 personnes se forma qui parcourut les rues du 14e, avec à sa tête les élus du Front populaire.

10000 manifestants dans le 18°

10000 travailleurs du 18° ont manifesté hier soir, à la proclamation des résultats, devant “l’Indépendance”, rue Duhesme. Après un appel des militants, les manifestants se sont dispersés dans l’ordre le plus parfait.

Place Gambetta, 5000 personnes acclament Langumier et Bossus

Après la proclamation des résultats de la circonscription de Charonne, Père-Lachaise (20e), 5000 travailleurs ont accompagné nos camarades Langumier et Bossus jusqu’à la mairie du 20e au cri de « Le fascisme ne passera pas ! » et « Front populaire ! »

La population d’Asnières acclame Dutilleul

M. Billiet avait commandé des illuminations et fait installer des hauts parleurs pour célébrer sa réélection.
Mais dès que fut certaine la victoire de notre camarade Dutilleul, candidat du Front populaire, M. Billiet et ses amis s’enfuirent en rasant les murs.
À la proclamation des résultats, la population d’Asnières se rendit en cortège, en acclamant notre camarade Dutilleul jusqu’à la permanence centrale du Parti communiste.
De là, la population joyeuse se rendit à Gennevilliers, et place de la Mairie, 7000 personnes applaudirent à la victoire de Dutilleul et à la chute du corrupteur Billiet qui déshonorait la ville.

4000 à Aulnay

Dans la banlieue également de puissantes manifestations magnifiques d’enthousiasme, ont salué les victoires du Front populaire.
À Aulnay-sous-Bois la victoire de Demusois a été acclamée par 4000 personnes devant qui ont parlé Demusois et Nilès.

À Montreuil et Villemomble

La proclamation du résultat à Montreuil s’est accompagnée d’une grandiose manifestation populaire.
Plusieurs milliers de personnes s’étaient entassées dans la salle des Fêtes de la mairie.
Dans le plus grand enthousiasme, l’annonce de l’élection de Jacques Duclos fut acclamée.
Notre camarade prit la parole au milieu des vivats.
Puis un grand cortège se forma et, de la mairie, se rendit, chantant et manifestant, jusqu’à la Maison du Peuple, qui avait été saccagée le 8 mai 1932, par la police sur l’ordre de Poncet.
Des milliers de personnes se massaient sur les trottoirs acclamant ce défilé.
Pendant ce temps, Duclos et Daniel Renoult se rendaient à Villemomble, la seule ville où Poncet a eu la majorité.
Lorsque Duclos arriva place de la Mairie, il fut acclamé par la foule qui stationnait. Un cortège se forma, comprenant des communistes, des socialistes et des radicaux qui traversa toute la ville en chantant alternativement l’Internationale et la Marseillaise.
La population bourgeoise assista stupéfaite à cette manifestation spontanée qui fut terminée par une réunion enthousiaste.

10000 à Alès

À Alès, le succès de Béchard et de Valat et l’élection des autres candidats du Front populaire dans le Gard a été acclamée par 10000 manifestants, rassemblés sur la place de la Mairie.

10000 à Troyes

À l’issue de la proclamation résultats, une manifestation de 10 à 12000 personnes à parcouru pendant plusieurs heures les rues de Troyes, derrière les drapeaux du Parti et un drapeau tricolore, aux cris de « Front populaire ! De la Rocque en prison ! Les Soviets partout ! »

5000 à Valenciennes

À Valenciennes, à l’issue de la proclamation des résultats, une manifestation puissante a eu lieu, groupant 5000 personnes.
Dewez et Douchemant ont tiré les conclusions de ces résultats et se sont rendus au Monument aux morts déposer les nombreuses gerbes remises.

À Marseille

Dans les bureaux de vote de Marseille, en particulier dans celui de Kléber, les hommes de main de Sabiani ont fait irruption, revolver au poing, tentant ainsi une ultime manœuvre.
Mais, malgré cela, Marseille a été débarrassée de l’aventurier Sabiani et une manifestation grandiose du Front populaire parcourt actuellement les rues de Marseille.


4 mai 1936, dans LE POPULAIRE

MANIFESTATION D’ENTHOUSIASME

À la nouvelle de la défaite de Fabry, 3000 personnes massées devant la mairie du 10e ont acclamé Bossoutrot, élu du Front Populaire.
Dans le 14e, 10000 habitants de la circonscription ont défilé en cortège, élus du Front populaire en tête.
Place Gambetta, dans le 20e, 6000 travailleurs ont manifesté aux crie « Vive le Front populaire » ; « Le fascisme ne passera pas ».
Devant la mairie du 19e, la foule a réclamé la démission de Masmonteil, maire, candidat de Laval, écrasé par le Front populaire.
À Aulnay, plusieurs milliers de travailleurs ont manifesté.
À Montreuil, un meeting fut improvisé dans la salle des fêtes de la Maison Commune.
À Villemomble, un imposant cortège salua de chants révolutionnaire la victoire prolétarienne.
À Alés, une dizaine de milliers de manifestants se rassemblèrent place de la Mairie et acclamèrent les élus.
Etc... etc...
Partout l’enthousiasme est indescriptible.

SUR LES BOULEVARDS, LA FOULE ACCLAME
LE SUCCÈS DU FRONT POPULAIRE

Une foule considérable se pressait sur les boulevards dès 20 heures pour y apprendre par les panneaux lumineux les résultats électoraux.
Dès 22 heures, la victoire du Front Populaire ne fait plus de doute et, enthousiasmé, le public acclame ses élus et chante l’Internationale.
Quelques morveux fascistes, qui tentent de provoquer des incidents, sont calottés par-ci par-là et se hâtent de rejoindre les abords du Café de la Paix.
Place de l’Opéra, L’Écho de Paris annonce, la rage au cœur, les succès du Front Populaire et à son balcon, pour braver sans danger la foule, quelques J.P. chantent “La Royale”.
Au Matin, à 11h30, une provocation analogue se produit, un immense haut-parleur nasille des refrains guerriers auxquels répond “l’Internationale” chantée en chœur par la foule.
À 11h45, plusieurs milliers de nos amis se forment en colonnes et parcourent les boulevards jusqu’à la place de l’Opéra, puis reviennent lentement sur leurs pas.
À minuit trente, grossissant sans cesse, acclamés par le public, ils remontent vers la porte Saint-Denis aux cris de « Vive le Front Populaire ! Dissolution des ligues fascistes ! »

6000 PERSONNES ACCLAMENT
PLACE VANHOENACKER À LILLE
LA VICTOIRE
DU FRONT POPULAIRE

Lille, 3 mai (de notre corresp. part. par téléphone). — Une foule énorme que l’on peut évaluer à plus de six mille personnes se pressait hier soir Place Vanhoenacker devant la Coopérative l’Union.
Quand Roger Salengro et Charles Saint-Venant arrivèrent un peu après vingt heures en compagnie de Bracke et Larmignat, des milliers de personnes se portèrent à leur rencontre. Bracke fut porté en triomphe.
Quand les élus apparurent au balcon ce fut une immense clameur. Puis l’Internationale retentit et des milliers de poings se tendirent.
Roger Salengro annonça et célébra le triomphe du Front Populaire. Larmignat en appela au peuple de Lille pour vaincre à jamais le fascisme. Chartes Saint-Venant remercia affectueusement Bracke, puis salua en Roger Salengro l’ardent animateur de l’éclatante victoire.

AU HAVRE, DES AGENTS CHARGENT
DES CAMARADES
QUI FÊTAIENT LEUR VICTOIRE

Le Havre, 3 mai (dép. Populaire). — À la sortie de l’Hôtel de Ville, après la proclamation des résultats, des socialistes et des communistes ayant chanté l’Internationale, sans aucune provocation de leur part, ont été chargés sans avertissement par 200 agents.
Un camarade ouvrier a été blessé.
Plainte a été portée contre l’agent 251.

CHOSES VUES ET ENTENDUES

Sur les boulevards, à Pigalle, devant les mairies, les Croix de feu ont recommencé hier le petit jeu qui consiste à feindre une discussion pour attirer les curieux et tenir ensuite de véritables réunions de propagande dans la rue.
Les hommes à la tête de mort ne trouvèrent guère audience que pour se faire moucher comme il convient.
Infailliblement, leur manœuvre tournait à leur confusion.
Non seulement de La Rocque a, par circulaire, donné ses ordres à ses adhérents, mais il a encore, par tract, invité dans chaque circonscription, les électeurs à aller écouter dans les permanences “l’Arbitrage du mouvement Croix de feu”. Il est même arrivé que, dans leur zèle, des CdF ont établi de ces sortes de permanences dans des établissements dont les propriétaires n’avaient même pas été consultés.
Un de ces propriétaires, M. Naudin, 18 rue Dussoubs, dans le 2e arrondissement, nous a, en guise de protestation contre ce sans-gêne, adressé la lettre suivante :
“M. Naudin vous prie de dire qu’il n’a jamais autorisé une permanence Croix de Feu dans son établissement.”
Les électeurs du 19e ont tous reçu, à la veille du scrutin, une circulaire de la section Croix-de-Feu du coin, les invitant à porter leurs suffrages sur le candidat susceptible de faire échec au “Front Populaire”.
Dans la 1ere circonscription, aucun doute. C’est M. Masmonteil, profiteur de guerre, que ces valeureux anciens combattants désignent contre le vrai A.C. qu’est le communiste Tinchard ! C’est M. Masmonteil, enrichi au détriment des contribuables et grâce à la corruption politique, pour qui doivent voter les tenants de la propreté !
Mais dans le 2e ? Le candidat anti-Front Populaire serait donc le radical Martinaud-Déplat ?
On s’en doutait bien un peu...
« Ne lisez plus rien !
N’écoutez plus rien !
Votez pour la République, pour la France, pour la Paix, pour Marcel Déat ! »
C’est en ces termes que le modeste ministre de l’Air a fait appel, en dernière heure, à ses électeurs.
Que voilà une République qui ressemble singulièrement à celle de M. de La Rocque.
Sur un panneau voisin. M. Paul Lévy expliquait que le colonel Bordage s’était vu offrir ses frais de campagne électorale par M. Marcel Déat : 70000 francs.
Et Déat a eu ainsi toutes les voix réactionnaires.
Il ne sera désormais plus rien dans le Front Populaire. Ouf !