EXPOSITION

1936... UNE EXPÉRIENCE D'ÉPOQUE

du 1er avril au 30 juin 2026


LES ANALYSES DE L’ÉLECTION

27 avril 1936, dans L’ŒUVRE

Et maintenant, discipline
partout contre le fascisme !
UNE TRÈS NETTE
AVANCE DES GAUCHES
qui doit se traduire, dimanche,
par une victoire décisive

Comme on pouvait s’y attendre, ce premier tour de scrutin n’a apporté que peu de résultats décisifs. Dans presque tous les départements, la bataille continue. Du moins la physionomie de cette bataille est-elle très nettement marquée.
Des surprises personnelles, certes : Édouard Herriot, Fernand Bouisson en ballottage... Mais dans l’ensemble, la poussée à gauche, qu’on avait vainement essayé de briser par l’habituelle campagne de panique, a mis, dès maintenant, le fascisme hors de cause. Et le colonel de La Rocque, même s’il lui a plu çà et là — on considérera par exemple les résultats du XVIIIe — de pratiquer une bien étrange tactique, apparaît sans conteste comme le grand vaincu de la journée.
Peine perdue, à la dernière heure, ces aimables manœuvres d’intimidation, peine perdue cette surveillance des isoloirs avec pointage nominatif des “salopards”... L’électeur français n’est pas décidé, encore, à se laisser faire !
Quels arguments haineux, aussi, n’allait-t-on pas tirés des récents événements de politique extérieure ? Le très large succès remporté dans l’Yonne par M. P.-E. Flandin a réduit à leur juste retentissement ces agitations “hitlériennes”.
De leur côté, les communistes totalisent un nombre éloquent de bulletins : effet évident de leur ralliement à la défense nationale et à la défense démocratique.
Dimanche, le recul des partis de réaction doit devenir déroute. Et il reste à souhaiter que se traduise tout de suite dans les désistements du deuxième tour la volonté unanimement proclamée, entre les candidats du Front populaire de demeurer fidèles au serment du Quatorze juillet ?
Et nous ne pensons pas seulement au retrait pur et simple, et en quelque sorte “automatique” des moins favorisés devant le plus favorisé.
Nous pensons à certains gestes “symboliques” — et, pour tout dire, à des hommes comme Henri Guernut...

A.G.


4 mai 1936, dans LE POPULAIRE

LA RÉACTION
ET LE FASCISME SONT ÉCRASÉS !

Dès lundi dernier, j’avais signalé l’audace incroyable et la sottise monumentale de la grande presse, qui annonçait à ses lecteurs le recul du socialisme et la défaite de nos candidats.
Vraiment, qui croyait-elle tromper et comment va-t-elle expliquer aujourd’hui que ce Parti qui s’effondrait va s’inscrire en première ligne des groupes politiques de la Chambre nouvelle ?
À partir de neuf heures, hier soir, les télégrammes de victoire nous arrivaient à tout instant.
Nous enlevons tous les sièges dans la Haute-Vienne, dans l’Ariège, dans l’Allier, presque tous dans la Saône-et-Loire, dans la Creuse, dans la Haute-Garonne, dans l’Isère, dans l’Aisne...
Nous avons 13 élus sur 24 dans le Nord.
Dans un tas de départements, où jamais jusqu’ici le succès n’avait couronné nos efforts, depuis la Savoie jusqu’aux Côtes-du-Nord et à l’Eure, les ruraux envoient au Palais-Bourbon des représentants socialistes.
Les chefs néos sont battus : Déat par un communiste, Lafont par un socialiste, Varenne par un réactionnaire, Tonnelier par un réactionnaire, Lebel, également, Jean Félix par un socialiste, Perrin et Montagnon par des communistes, Raynaud par un socialiste, Marquet, descendu de son piédestal, est serré de près par un socialiste. La liquidation est complète.
Quant à nous, non seulement nous récupérons les trente sièges perdus, mais nous augmentons fortement notre représentation.
Ainsi le socialisme prend la première place, à la tête de tous les partis du Front populaire.
La France a voté socialiste.
Le suffrage universel a parlé haut et clair.
La République veut un gouvernement qui brise les oligarchies financières et industrielles, lutte efficacement contre le chômage, attaque de front la crise économique, veille sur la paix du monde.
Nous acceptons fièrement, quant à nous, ce mandat de la grande démocratie française.
La réaction va naturellement tout mettre en œuvre pour arrêter l’élan populaire et s’opposer à la volonté du suffrage universel. Nous sommes prêts à la riposte.
Que nos militants et nos élus soient, actifs, résolus et vigilants ; que nos sections soient en état d’alerte ; que nos sympathisants et tous ceux qui nous ont soutenus dans cette admirable bataille que couronne la victoire rejoignent nos organisations.
Rassemblement socialiste à travers tout le pays.
Le combat continue pour l’affranchissement du monde du travail.

Paul FAURE


Dans L’HUMANITÉ

VICTOIRE !
LE FRONT POPULAIRE TRIOMPHE !
Dans la Seine, sur 60 circonscriptions le Front Populaire détient 39 sièges dont 32 communistes

Nous ne voulons pas dissimuler notre grande joie. Le Front populaire l’emporte très nettement et dans la victoire générale notre Parti communiste enregistre sa part de succès.
Les fascistes et leurs alliés qui prétendaient parler seuls au nom de la France sont chassés par le peuple. Les travailleurs liront avec satisfaction la longue liste des ennemis acharnés du Front populaire qui furent hier chassés du Parlement. Ce fut une véritable hécatombe Dans Paris et le département de la Seine, c’est pour les réacteurs un véritable écrasement. C’est notre Parti communiste qui a eu le grand honneur de battre dans toute la région parisienne les chefs les plus insolents des factieux et des fascistes de ce pays.
Comme nous l’avions prévu, le courant populaire a été irrésistible.
Et maintenant, après leur défaite, les adversaires du Front populaire ne manqueront pas de reprendre contre la majorité librement élue par la nation leurs calomnies et leurs excitations ordinaires.
Ils vont répéter que c’est la Révolution, que c’est la fin du pays et que ce sera demain le désordre et le chaos. Ils vont reprendre leurs propos menteurs sur l’Espagne et les prétendus excès du Front populaire dans la péninsule ibérique.
Le peuple de notre pays conservera tout son sang-froid devant ces absurdes violences de langage. Il se préparera avec calme à faire passer dans la réalité le programme signé solennellement par tous les membres du Rassemblement du 14 Juillet. Il n’oubliera pas qu’il s’agit pour lui de réconcilier tous les travailleurs français contre les 200 familles qui les exploitent et qui les rançonnent ! Maintenant qu’il vient de donner la mesure de sa force souveraine, il entend user de cette puissance non pour créer du désordre comme on l’en accuse, mais pour assurer la réalisation des engagements pris devant le pays.
Ainsi seront déjoués toutes les espérances des ennemis du peuple et des fascistes, si durement frappés par le scrutin d’hier. Ces messieurs ont déclaré avant le vote qu’ils n’accepteraient pas le fait accompli, qu’ils se serviraient de la force si le Front populaire venait à l’emporter. La volonté de la majorité de la nation vient de se prononcer contre leurs menées et de repousser vigoureusement leurs mensonges et leurs menaces. La plupart de leurs chefs sont à terre. Malheur à eux s’ils refusent de s’incliner devant le peuple qui vient de leur signifier son verdict !
Il appartient à tous les groupements du Front populaire de conserver plus solide que jamais l’unité qui a assuré la déroute de ses adversaires irréductibles.

Marcel CACHIN